Histoire

C’est l’Administration des Hospices, prédécesseur du Centre Public d’Aide Sociale, de Bruxelles qui est à l’origine de la construction de l’Orphelinat pour jeunes filles qui a existé de 1873 jusqu’en 1978 sur le terrain situé entre avenue de Cortenbergh, rue du Noyer, rue des Patriotes, place des Gueux et rue Newton.

Ce n’est qu’en 1951 que cet orphelinat reçut le nom de Home Juliette Herman. Celle-ci était  une institutrice ayant fait partie de la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale et décédée en déportation en 1945. Pour l’honorer, son nom à été donné à l’orphelinat pour jeunes filles, où elle avait été pensionnaire dès ses 12 ans, à la mort de ses parents.

Le nom de Juliette Herman a été ensuite donné au nouveau Home, rue de Médori à Laeken et à l’ancien jardin, devenue parc public, de l’orphelinat.

Après la désaffectation de l’orphelinat, plusieurs projets ont vu le jour pour l’immeuble. Il fut question d’y installer une crèche pour les Communautés européennes, un musée de la culture islamique, une extension de l’École Royale militaire.

Quand ces projets n’aboutirent pas, il y a eu deux propositions de réaffectation : celui d’y installer l’école d’architecture de la Cambre, mais son Conseil d’administration n’en voulut pas ; et puis, en 1984, un projet de réaménagement en – principalement – logements, mais aussi bureaux et commerces. L’ancienne salle de gymnastique aurait été transformée en salle polyvalente accessible aux habitants du quartier et l’ancienne crèche devenue maison de quartier, tandis que le jardin serait devenu parc public. L’on n’a pas trouvé de promoteur intéressé. Précisons quand même que ce projet de reconversion en logements voulait avant tout intégrer le bâtiment existant dans le plan d’ensemble d’aménagement du quartier. Côté rue du Noyer (place de Jamblinne de Meux) l’on prévoyait quelques magasins ; côté avenue de Cortenbergh, bruyante à cause de l’accès au tunnel de l’autoroute, des bureaux ; le bâtiment principal aurait compté 35 duplex et une vingtaine d’appartements.

En 1985, quatre projets sont à l’examen à la Ville de Bruxelles pour le site :

1° l’entrepreneur Jacques Delens souhaite y aménager des locaux pour la délégation italienne du Marché commun. Les bâtiments de l’orphelinat seraient conservés. Après avoir obtenu un certificat d’urbanisme n° 2, le projet fut abandonné.

2° la société CODIC envisage de démolir l’immeuble mais de reconstruire des façades similaires.

3° la société Imbelco envisage une démolition et une reconstruction moderne.

4° le Service général des constructions des Forces armées se pointe à nouveau avec un projet visant à la conservation de l’immeuble destiné à l’Institut Royal supérieur de défense.

La Commission de concertation souhaite que le jardin devienne parc public : Codic et Imbelco en tiennent compte, Delens ne sait pas si la délégation italienne permettrait l’accès au public et l’armée souhaite en faire un parking.

Bientôt ne restent que les projets Codic et Défense. L’armée offre 45 millions de francs belges ; Codic 60 millions.

Le 6 décembre 1985, soit il y a trente ans et des poussières, Codic obtient son permis de bâtir.

La Commission de concertation ayant émis un avis peu favorable sur le projet démolition-reconstruction pastiche, Codic avait rentré un nouveau projet prévoyant la reconstruction en résolument contemporain et pas plus haut que l’orphelinat. Feu vert fut donné pour des bureaux (10.000 m² au total). A titre de compensation, on demanda que le vaste jardin (7.500 m²) classé zone verte reste ouvert au public.

Est également prévue : une cour intérieure comme dans l’ancien bâtiment. Deux sous-sols, un rez et quatre étages. Son architecture suscitera des polémiques entre partisans et adversaires, le comité de quartier de l’époque se rangeant plutôt parmi les adversaires. A cause de la trémie d’autoroute du côté Cortenbergh, une voie piétonnière est prévue en forme de galerie.

Le bâtiment est achevé fin 1987. D’abord s’y installe le Fonds de pension IBM, puis après, deux services de la Police Fédérale.

Quand ces services quittent les lieux, le bâtiment reste désert. Le nouveau propriétaire, un des promoteurs immobiliers les plus puissants du pays, concocte un projet de trois tours de logement qui après plus de trois ans de préparation, est l’objet d’une enquête publique du 27 mai au 10 juin 2016.

L’opposition massive fait tomber ce projet. En décembre 2017, le promoteur fait un nouvel essai, qui fait l’objet dune nouvelle enquête publique de deux semaines se clôturant le 16 mars 2018.

Le 15 mai 2018, la Commission de Concertation donne son avis fort négatif pour le promoteur. La Ville de Bruxelles confirme et déclare qu’il est impensable qu’un permis d’environnement ou un permis d’urbanisme puisse être accordé pour ce projet.

Toutefois, la Région de Bruxelles-Capitale, devenue seule compétente après la fin de l’enquête publique, accorde peu après un permis d’environnement. sur base de plans modifiés introduits par le promoteur auprès de Bruxelles-Environnement.

L’affiche annonçant cet octroi et placée aux portes et alentours du bâtiment existant indiquait que le dossier pouvait être consulté du 30 juillet au 13 août et qu’un recours au Collège d’Environnement de la Région pouvait être introduit jusqu’au 13 septembre.

Plusieurs membres du Collectif 1727 ont à plusieurs reprises consulté le dossier et ont conclu que l’absence des plans modifiés au dossier était inacceptable et que c’est avec légèreté que le permis avait été octroyé. C’est nous qui avons dû informer les échevins d’urbanisme de Bruxelles et de Schaerbeek de l’octroi du permis ! Nous leur avons demandé s’ils comptaient introduire un recours. Après plusieurs rappels, l’échevin d’urbanisme de la Ville de Bruxelles nous a fait savoir que ces services ne voyaient pas d’arguments juridiques pour un recours (sic) et qu’en tout cas c’était l’octroi éventuel du permis d’urbanisme qu’il fallait tenir à l’œil. Schaerbeek aussi a estimé ne pas devoir introduire de recours.

Dès lors, nous nous sommes à nouveau tournés vers notre avocat, et lui avons confié le recours à introduire. Petit détail : il a réussi à le faire à temps, ayant découvert que l’affiche placée par le promoteur contenait une « erreur » : le dernier jour valable était le 12 septembre….

Malgré que Bruxelles-Environnement prétendait que le recours n’était pas recevable et que le promoteur prétendait qu’il ne sait pas qui se cache derrière le Collectif, notre avocat a pu plaider à la séance du 22 octobre.

La décision est attendue pour le 26 novembre 2018.