Réclamation 5

Observations et réclamations

Concerne : Permis d’environnement – PROJET NEWTON N632/2014

Madame, Monsieur,

Je m’en tiendrai ici aux questions de fonds, sachant que les autres habitants concernés décriront les détails de ce que nous critiquons et de ce nous ne pouvons accepter. Vous me permettrez au moins quelques lignes qui ne répondront forcément pas complètement aux 365 pages qui nous sont infligées par le projet Newton, à absorber dans un délai inférieur à 2 semaines. Il nous faudrait 365 pages pour répondre à ces 365 pages !

Nous sommes conscients et moi, en particulier, de la nécessité et des justifications de ramener des populations d’habitants en logements dans les territoires urbains et conscients de la croissance démographique future de la population bruxelloise. Nous sommes conscients de la nécessité de concentrer la population en hauteur, évitant l’étalement sur le terrain et ses conséquences, diminuant ainsi les surfaces de déperditions/habitation, mettant les populations en circulations, en hauteur, (ascenseurs), etc, etc … La structure même du territoire bruxellois dans son évolution historique et la nécessité de respecter le caractère, et d’un patrimoine historique, et de son échelle, et de la qualité de son environnement, joints aux contradictions dont résultent les congestions des diverses circulations et déplacements des usagers dit « faibles » et « forts ». Dilemme difficile à résoudre, qui est celui de la concentration face aux problèmes de mobilités des divers types d’utilisateurs de véhicules et de leurs nécessaires arrêts de longues et de courtes durées (stationnements). Tout est fait, et avec de bonnes raisons pour empêcher et limiter la circulation automobile alors que les vendeurs d’automobiles se flattent d’en vendre de plus en plus chaque année, bien au-delà du nombre de véhicules retirés de la circulation. Le Newton, dès sa mise en chantier et ses nécessités d’approvisionnement ne constituera qu’un abcès purulent de plus sur une mobilité bruxelloise déjà gangrenée et dont l’infection s’aggrave des incidents que l’on connait bien moins fortuits qu’on voudrait nous le faire croire. Je parle en professionnel de la construction.

[…]

Toutes les villes anciennes du monde sont confrontées à cette question qui se pose à Bruxelles d’une manière bien plus épineuse qu’ailleurs quoique quelques 500 villes dans le monde dépassent le million d’habitants et 49, les 10 millions. Il m’étonnerait fort qu’il ne soit pas quelque part dans les villes du monde quelques exemples à glaner dont on pourrait s’inspirer. Si vous n’en connaissez pas, moi, oui !

A Bruxelles, une petite ville du monde, néanmoins capitale de l’Europe, la complexité de la structure urbaine et de la structure politique rendent le procédé de prise de décision extrêmement difficile, voire impossible … sauf … sauf, pour ceux qui peuvent s’assurer des moyens d’influences et de raccourcis dans les dédales des complexités politiques et administratives. Mais, pour les initiés à la pratique de ces labyrinthes, les « coups de pouces », les contournements et sens obligatoires, il est plus facile de se frayer le chemin de légalité apparente qui convient à leurs intérêts et d’imposer ceux-ci aux usagers et aux citadins d’un quartier, au mépris des intérêts de ces derniers ? On sait que cette question et ces abus de pouvoirs remontent au début des Golden Sixties. Mais, les autorités politiques de l’agglomération bruxelloise devenue Région Bruxelles-Capitale sont cependant bien conscientes – ou du moins, le furent-elles, de cette question et, appuyées sur de solides études et enquêtes bien documentées, préconisent depuis longtemps des méthodes de gestion plus démocratiques, exposées notamment dans un luxueux ouvrage publié en 2008 sous l’égide de Charles Picqué et titré :

E S P A CE S P A R T A G E S

E S P A C E S D I S P U T E S

BRUXELLES UNE CAPITALE ET SES HABITANTS

On peut y lire page 134 – COMBAT POUR LA VILLE – … Des citoyens particulièrement issus des classes moyennes intellectuelles, irrités par les aménagements réalisés se mobilisent contre un processus de décision qui leur échappe totalement, tellement il est devenu confidentiel.

Je me permets une remarque parce que dans ma vie professionnelle, j’ai été confronté à ces questions d’évolutions des villes historiques en Europe. J’ai regardé de plus près parce que j’en ai l’occasion, notamment les méthodes de gestion de villes françaises et de Lyon, en particulier. Il y en a aussi en Autriche, Allemagne, Italie, Pays-Bas, etc … Ainsi, le grand Lyon que je vois favorablement évoluer d’années en années, gère une nouvelle entité juridique de 59 communes (Bien plus que 19 à Bruxelles!) et d’1 550 000 habitants. Il en est de même pour Strasbourg, Montpellier, Bordeaux, … La question de base fut de simplifier d’abord le millefeuille juridique, selon l’expression des français eux-mêmes, afin de permettre un processus démocratique de décision. Pour cela, ces villes se sont définies un nouveau statut juridique ramené sous la dénomination de « Métropole ». Méthode de gestion sur le durable et dépassant les durées de législatures des « gens » en place. Ce processus n’a pas même un commencement d’ébauche pour Bruxelles. Nous sommes au contraire, dans un processus inverse de régression démocratique et de régression de gestion urbaine, à l’opposé de ce que préconisait Charles Picqué dans l’ouvrage collectif cité plus haut.

Voici donc quelques unes, entre autres, afin de ne pas être trop long, de nos doléances et les miennes, en particulier à propos de l’ensemble appelé Newton. Sans doute sa pomme nous tombe-t-elle sur la tête mais, ce n’est pas pour nous apprendre la loi universelle de la chute des corps que tout esprit connait quand il voit tomber une pomme.

1 – Délais de réponse – Le document dont il nous demandé de prendre connaissance en moins de 2 semaines, comprend ni plus ni moins que 365 pages. Fallait-il déjà aller chercher les documents à l’administration, en faire les photocopies, les distribuer aux intéressés des représentants des comités de quartier, les lire en examinant de près, document par document, page par page et ligne par ligne et se réunir pour confronter nos opinions. Déjà, à peu près 5 jours sont passés. Ce document ne peut être compris et lu que par des experts qui ont besoin du temps: ingénieur, architecte, docteur en droit, voire, économiste et sociologue de la ville, etc … Le processus d’affichage et d’information et les délais pour répondre et formuler valablement ses critiques, ses objections, voire ses contrepropositions, est impossible à respecter. Cela a été volontairement construit pour nous piéger. Même si ce délai donne toutes les apparences de la légalité, nous le refusons et le réfutons catégoriquement et nous exigeons le redémarrage de nouveaux délais raisonnables.

Celui qui n’est pas juriste ou expert en droit administratif s’y perd dans les dérogations dont il en est tellement que l’on en a perdu le sens de la base. Trop de dérogations tuent les dérogations.

2 – Refus d’informations – A toutes les réunions d’informations des pouvoirs publics concernés, en l’occurrence, les communes de Bruxelles et de Schaerbeek, nous avons des représentants de nos comités de quartiers présents à chaque fois, qui posent des questions, présentent des observations ou interviennent dans les débats. Ici, il s’agissait d’interpeller à propos du Newton. Les autorités communales se sont toutes déclarées incompétentes pour nous informer de quoi que ce soit . Puis, on nous a annoncé que le dossier était passé de la Ville de Bruxelles à la Région et pour des raisons stratégiques dont les fondements nous échappent toujours. Malgré nos très nombreuses demandes, interpellations et écrits adressées à la Région, nous n’avons trouvé que toutes les formes de dérobades chez qui que ce soit, pour se soustraire à tous renseignements sur la nature et l’origine du dossier. On a fait de la désinformation organisée. On a mis du chaos pour que nous n’y comprenions plus rien à l’ordre. L’intention de nous piéger pour nous imposer le projet est flagrante. Nous refusons catégoriquement cette situation qui nous interdit ainsi toutes possibilités de négociations.

On a essayé de nous faire croire à un concours international mais, le plus grand mystère demeure quand à savoir comment, par qui et pour qui il a été organisé. Quelle est sa légitimité pour faire autorité? S’il est vrai que selon mes critères professionnels, l’architecture ne m’est en aucune façon déplaisante, il ne fait pas de doute qu’elle n’a pas sa place en ce lieu. Le champagne fut-il le meilleur, ne se sert pas dans un gobelet en plastique mou, même si celui-ci est fort utile pour le piquenique quoiqu’il soit non biodégradable.

3 – Réfutabilité des informations – Absolument toutes les clauses techniques, toutes les clauses de résultats d’enquêtes et d’études à propos de la mobilité, des gabarits de la faisabilité du projet, du microclimat, de l’ensoleillement, des ombres portées, des dépenses d’énergies, des questions de vents et d’effets de tourbillonnement, la proximité des fondations du Newton par rapport au tunnel routier et celui du RER, le respect des règles de la ZICHEE, la mise en chantier, la durée du chantier de 3 ans, l’obstacle absolu à la mobilité de surface du quartier, les pistes cyclables, etc, etc … … sont toutes réfutables et contestables dans la mesure où elles ne présentent que des absolues (auto)satisfactions et en tout et rien que des avantages. Il n’est pas même mentionné, ni la moindre restriction, ni le moindre des petits inconvénients. Toutes les affirmations procèdent de bureaux d’études rétribués par le seul maître de l’ouvrage qui, par conséquent, ne sont pas payés pour livrer des informations contraires à l’intérêt du promoteur. La liste détaillées des griefs est certainement énumérée par d’autres personnes des quartiers concernés. Je ne m’y attarderai pas et prie de m’en référer à eux.

4 – Procédure d’enquêtes à méthode inversée – Un projet absolument inconvenant par rapport à la nature et à la nécessité du quartier et à son intégration dans celui-ci, conforme aux uniques intérêts financiers et immobiliers du promoteur. Rien ne prouve que le Newton sera habité par des usagers du quartier et non par des fonctionnaires ou du personnel international volatile et seulement intéressés par un placement ou par la proximité des communautés européennes. Il est évident que ces procédures sont ressenties par les usagers du quartier comme une insulte, comme une absence de respect de nos personnes humaines. De plus, les manières démocratiques de méthodes de gestions urbaines, humaines sont enseignées dans nos universités.

Quand à la soi-disant enquête, elle procède d’une méthode inversée. Le terrain est la propriété privée de Real Estate. Légalement, il suffit d’une demande de permis d’urbanisme conforme aux règles et aux normes de constructions. On nous a fait croire (aux naïfs non au courant des procédures) à quelque chose qui, par stratégie de mimétisme pour nous faire avaler la pilule, que cela ressemblerait à un concours public. En fait, on nous a présenté 6 emballages différents d’un même projet avec sous les paquets, une étiquette à peine visible au nom de bureaux d’études (ou même d’un seul) qui se distribuent les affaires de Bruxelles. Je ne cite pas de noms puisque tout le monde les connait

On a donc décrété d’abord une forme de projet enrobé de chocolat appétissant dont on a élaboré toutes les conditions sur des enquêtes partiales qui voudraient montrer que le quartier n’attendait que ce projet là. C’est ce que l’on appelle la méthode du chausse pied conçu pour ne permettre d’enfiler que la seule chaussure d’intérêt du promoteur, quitte à couper un orteil des usagers ou à déchirer la chaussure de celui-ci si le pied du promoteur n’y entre pas. Ainsi, ce dernier paye des chausseurs professionnels pour arranger la chaussure de telle manière qu’il n’y aie que le pied Newton qui lui convienne.

5 – Un concours réel qui ne soit pas 6 emballages différents d’une même idée – Certains bureaux d’architecture, plus soucieux de la qualité de vie des habitants, de répondre au mieux de leurs besoins réels et à une réelle intégration des constructions nouvelles ou adaptées (transformations) dans le quartier, procèdent dès le départ exactement à l’inverse, à des enquêtes qui situent et définissent ces besoins et seulement ensuite, proposent des solutions architecturales qui soient conformes aux besoins des habitants et à leur futur. Tout cela se déroulant dans un processus aux cadres définis de concertation. Non seulement rien de tout cela ici mais, de plus toute la stratégie a été conçue pour empêcher l’information du citadin et pour qu’il soit strictement assujetti aux diktats de Real Estate. C’est pourquoi nous demandons un nouveau et réel concours, si cela s’avère nécessaire, présentant des propositions contradictoires et argumentées, afin qu’il soit possible de comparer et de choisir.

6 – Contestation formelle de la nécessité de la démolition de l’immeuble existant – Ainsi, je conteste formellement la destruction de l’immeuble existant sous prétexte de non rentabilité. Il s’agit bien sûr de non rentabilité par rapport aux seuls intérêts du promoteur pour ériger une construction qui multiplie les hauteurs par trois. La vue arrière et particulièrement sur le parc Juliette Herman est parfaitement satisfaisante dans son aspect et ses gabarits actuels. Un projet de réaffectation pourrait parfaitement convenir. Il ne faut pas prendre le public pour des crétins, ni les professionnels de la construction qui seraient dans le camp opposé (car nous sommes insultés, professionnels et usagers et professionnels/usagers, dans cette opération et par ses méthodes). Au moins, les architectes et les ingénieurs connaissent-ils les techniques actuelles, parfaitement rentables de reconversion des sites. Il est absolument faux d’affirmer que cette construction est inadaptable aux économies d’énergie. Il existe des bureaux d’études spécialisés dans la reconversion de tous immeubles, aux économies d’énergies et au respect des conditions de l’environnement.

7 – Photomontage – Inadmissible, malhonnête et mensongère, la photo montage qu’on nous présente dans la presse (journal Le Soir du 8 juin 2016) où le bâtiment de 15 étages apparait en illusion d’optique dans une perspective en trompe l’œil (on ne peut mieux dire), aux mêmes gabarits des 4 niveaux des constructions existantes de la place Jamblinne de Meux.

[…]

CONCLUSION

En conformité avec l’humoriste français Alphonse Allais qui allait toujours manger au restaurant du premier étage de la Tour Eiffel parce que c’était le seul endroit de Paris d’où il ne la voyait pas. J’ai conseillé à tous les habitants du quartier qui seraient perturbés par le Newton, d’habiter du 12 ème au 15 ème étage de celui-ci, parce que c’est le seul endroit d’où il ne le verront jamais. Ils ne subiront aucun inconvénient d’une ombre portée. En dehors de l’angle de diffraction des bruits urbains, ils ne subiront aucune nuisance sonore, sauf celle des avions. Ils n’auront que le vent direct sans accélération de tourbillonnements. Ils seront les privilégiés qui bénéficieront eux, de tous les avantages énumérés dans les 365 pages.

De plus, si par hasard ils se sentaient quelqu’humeur et humour terroristes, on peut leur conseiller aussi, sans augmentation de prix de l’appartement, une vue imprenable sur le centre névralgique de notre défense nationale. J’ ai déjà conseillé à celle-ci de déménager au plus tôt, dès que commencera le chantier, puisque rien que la hauteur des grues et la longueur de leur bras, oscillants de droite et de gauche, permettra une perspective non truquée, celle-là, en vue directe sur nos installations de défense nationale. Pas même besoin d’interdire ni de surveiller le survol de drones espions.

Ha oui, j’oubliais, un dernier conseil avant de terminer. Les New Yorkais sont superstitieux. Ils n’ont jamais de 13 ème étage quoiqu’ils puissent aisément en avoir 50 et beaucoup plus. Ils ont peur que cela leur porte malheur. Supprimons-le aussi ! Ce qui permettra d’en ajouter un 16 ème en gardant la même hauteur et sans se sentir obligé de truquer les perspectives. Mais pour cela, il faudra une N ème dérogation. On ne voudrait être mesquin, nous n’en sommes plus à une près.

En bref, la désinvolture avec laquelle on nous jette à la tête ces 365 pages nous donnent le sentiment de ne pas être respectés en tant que citadins bruxellois.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur , l’assurance de mes sentiments bien sûr, et cela va sans dire, distingués des bons et des mauvais.