rue du Noyer (côté Bruxelles)

Formant la frontière nord-est du quartier des Squares, la rue du Noyer trace la limite entre Bruxelles et la commune de Schaerbeek. Seuls ses numéros impairs sont situés sur le territoire de la Ville.

Longue, l’artère débute chaussée de Louvain et aboutit, à la limite de la commune d’Etterbeek, au carrefour formé par la rue Leys, l’avenue de la Chevalerie et les rues Gérard et de l’Orme. Ces trois dernières artères sont situées en tout ou en partie sur le territoire d’Etterbeek. Sur son parcours, la rue du Noyer longe deux places schaerbeekoises, celle des Chasseurs Ardennais et la place de Jamblinne de Meux. Elle coupe ensuite la place Wappers en son milieu. En grande partie rectiligne jusqu’à la rue des Patriotes, la rue décrit ensuite une légère courbe.

La rue du Noyer est établie sur l’assiette d’un ancien chemin, dit Notelaer Straet. Avant l’annexion du site du futur quartier Nord-Est par la Ville de Bruxelles en 1853, cette artère courait entièrement sur le territoire de Schaerbeek, parallèlement à la frontière avec Saint-Josse-ten-Noode.


La future rue du Noyer et son cimetière, détail de la Carte de Bruxelles et ses environs, dressée par G. de Wauthier vers 1821 (© Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles, Section Cartes et Plans).

Suite à un édit interdisant la présence de champs de repos à l’intérieur des villes, promulgué par Joseph II le 26.06.1784 (MALEVEZ, G., 1989, p. 226), un nouveau cimetière est implanté le long du chemin, non loin de la chaussée de Louvain (voir Histoire du développement urbanistique). Limité à un rectangle à l’origine, il s’agrandit au fil du temps, jusqu’à border la rue Charles Quint dans les années 1860.


L’ancien cimetière du quartier Léopold en 1881, détail du plan Bruxelles et ses environs, réalisé par l’Institut cartographique militaire en 1881 (© Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles, Section Cartes et Plans).

La dénomination de rue du Noyer est attribuée par arrêté du Collège de la Ville de Bruxelles en date du 16.05.1865 (AVB/Répertoire des noms de rue). L’artère n’est alors qu’un chemin recouvert de « vieux pavés de rebut » entre la chaussée de Louvain et l’entrée du cimetière, non pavé au-delà (AVB/TP 29039). La nécessité s’impose donc d’améliorer et d’élargir la rue mais les négociations avec Schaerbeek retardent l’avancement du dossier.

Approuvé par l’arrêté royal du 20.12.1875, le plan d’aménagement du quartier Nord-Est dessiné par l’architecte Gédéon Bordiau prévoit la rectification du tracé de la rue du Noyer, moyennant suppression du cimetière, devenu entre-temps trop exigu. En 1877, les inhumations cessent dans ce dernier tandis qu’un nouveau champ de repos est ouvert à Evere (AVB/TP 16520).

Le déblai des terres du cimetière et des terrains à bâtir ne s’effectue cependant qu’entre 1890 et 1893. En 1894, la rue du Noyer est redressée et son niveau, se retrouvant plusieurs mètres en contre-haut du site, est abaissé. Le dernier tronçon de l’artère, entre les avenues de Cortenberg et de la Chevalerie, est aménagé l’année suivante (AVB/TP 16520). Restée courbe, la partie située entre les rues de la Besace et des Patriotes n’est redressée qu’en 1905 (AVB/TP 1876).

Situé entre la rue Luther et l’avenue de la Brabançonne, l’îlot créé à l’emplacement de l’entrée principale du cimetière fut réservé à l’établissement du dépôt de corbillards du service communal des transports funèbres. En 1882, ce dernier s’était provisoirement installé dans l’ancienne propriété Jacquet (Bulletin communal, 1882, t. I, p. 609), établie en bordure est du cimetière (voir rue Charles Quint). La nouvelle implantation présentait l’avantage d’être située à l’extrémité du territoire de la Ville, dans un quartier encore peu habité, et à proximité de l’itinéraire que suivait le plus grand nombre de convois funèbres vers le nouveau cimetière d’Evere.


Le dépôt de corbillards édifié sur l’ancien cimetière du quartier Léopold, détail du plan Bruxelles et ses environs, réalisé par l’Institut cartographique militaire en 1894, AVB/TP 16767.

Le dépôt est bâti entre 1893 et 1895, sur les plans de l’architecte J. H. Waegeneer. Les constructions sont implantées en retrait des alignements, afin de limiter les nuisances. Rue du Noyer se dresse le bâtiment principal, avec bureau et habitation du préposé de la Ville, suivi d’une grande remise flanquée de deux plus petites. Au centre de l’îlot, un séchoir indépendant, servant également de salle de désinfection des draperies contaminées, prend place au milieu d’une vaste cour. Côté rue de l’Abdication sont implantés le logement du palefrenier et une écurie pour vingt chevaux.


Occupant le deuxième tronçon de la rue du Noyer, vaste barre de logements conçue en 1954 par les architectes Alexis Dumont et Paul Goolaerts en remplacement du dépôt de corbillards désaffecté (photo 2006).

Désaffecté après la Seconde Guerre mondiale, l’ensemble est remplacé par une vaste barre de logements portant le no 80-80a-80b avenue de la Brabançonne, dessinée en 1954 pour la Société anonyme des Habitations à Bon Marché de l’Agglomération bruxelloise par les architectes Alexis Dumont et Paul Goolaerts.


Avenue de Cortenberg 186, orphelinat de filles conçu par l’architecte Vanderrit (Collection de Dexia Banque, s.d.).

Dans les années 1860, l’Administration des Hospices et Secours de la Ville de Bruxelles décide de bâtir un orphelinat de filles à l’angle de la rue du Noyer et de l’avenue de Cortenberg, remplaçant celui de la rue du Midi, au centre-ville.


Avenue de Cortenberg 186, orphelinat de filles conçu par l’architecte Vanderrit, élévation, AVB/TP 9843 (1869).

Soumis à la Ville dès 1865, les premiers plans, probablement dressés par l’architecte Vanderrit, ne plaisent pas : la façade manque d’un « caractère monumental ». L’affaire connaît plusieurs rebondissements et ce n’est qu’en janvier 1869 que les plans définitifs de l’architecte sont approuvés par le Conseil communal. Le bâtiment est achevé en 1874 (DELIENS, P., 1982, p. 31). De plan presque carré, doté d’une cour intérieure, l’édifice présente des façades de deux niveaux d’inspiration néoclassique, la principale à front de l’avenue de Cortenberg. Le reste du terrain est occupé par un jardin.


Projet de prolongation de la rue des Patriotes à travers la propriété de l’orphelinat de filles, AVB/TP 16767 (1899).

Avant la prolongation de la rue des Patriotes au-delà de la place des Gueux, décidée en 1899, le terrain de l’orphelinat s’étend en un rectangle le long de la rue du Noyer, à égale distance des rues de la Besace et Newton. Le nouveau tronçon de la rue des Patriotes l’ampute d’environ un tiers de sa superficie originelle. En 1900, la propriété est cependant agrandie jusqu’à la rue Newton.


Avenue de Cortenberg 186, orphelinat de filles, vue de la cour intérieure en 1980, AVB/TP 89729 (1980).

Désaffecté à la fin des années 1970, le home, baptisé entre-temps Juliette Herman, est remplacé en 1985 par un complexe de bureaux conçu par les architectes De Smet et Whalley, portant le no 211 de la rue du Noyer. De ce complexe dépend, vers la rue Newton, un parc dénommé Juliette Herman.


Rue du Noyer 211, immeuble de bureaux conçu en 1985 par les architectes De Smet et Whalley, à l’emplacement de l’ancien orphelinat de filles, vue depuis le parc Juliette Herman (photo 2006).

Dans la première moitié des années 1980, plusieurs projets s’étaient succédés pour réhabiliter ou remplacer l’orphelinat. Parmi eux, celui de l’architecte C. Goelhen, proposant d’aménager des bureaux dans le bâtiment, ou encore celui du Ministère de la Défense nationale, envisageant d’y installer une extension de l’École royale militaire située de l’autre côté de l’avenue de Cortenberg (voir avenue de la Renaissance no 27-33).


Avenue de Cortenberg 186, orphelinat de filles, projet non réalisé de réaffectation en bureaux, architecte C. Goelhen, perspective de la cour intérieure, AVB/TP 90038-90039 (1984).

La rue du Noyer est bâtie de maisons de style éclectique ou d’inspiration néoclassique, certaines à rez-de-chaussée commercial, conçues pour la plupart entre 1899 et 1907. Beaucoup ont subi des modifications au cours du temps.


Vue des rues des Patriotes et du Noyer depuis la place de Jamblinne de Meux (Collection de Dexia Banque, s.d.).

L’artère compte plusieurs ensembles de deux ou trois bâtiments similaires, qui lui confèrent une certaine homogénéité (voir nos 49 à 53, 67 et 69, 71 et 73, 165 et 167, 169 et 171, 173 à 177, 179 et 181 ainsi que 265 à 271). Parmi eux, trois maisons dessinées par et pour l’architecte Charles Vosch, caractérisées par d’originaux couronnements de baie (voir nos 75-75a à 79) ou encore deux habitations d’inspiration néogothique du géomètre-expert Hipp. Mostinck (voir nos 261 et 263). Deux élégants ensembles de maisons d’inspiration Art nouveau sont conçus par un même auteur, non identifié (voir nos 247 à 251 et 287, 289).
L’architecte Antoine Aulbur signe deux habitations de style éclectique dans la rue (voir nos 117 et 127). Au no 21, une maison à rez-de-chaussée commercial des entrepreneurs L. Vankriekinge et fils (1902) conserve ses allèges et tympans ornementés.


Rue du Noyer 21, maison conçue en 1902 par les entrepreneurs L. Vankriekinge et fils, premier étage (photo 2006).

Quelques bâtiments plus tardifs ponctuent l’artère, tels le no 161 à l’angle de la rue de la Besace (1926) et le no 5 (1932). Au no 65, un petit immeuble à front de rue suivi d’un entrepôt remplacent, depuis 1962, une habitation d’avant 1903, établie en retrait de l’alignement. Cette maison avait été flanquée ultérieurement d’une construction à usage de lavoir sous lanterneau, qui semble aujourd’hui conservée, intégrée à l’entrepôt.
Archives
AVB/TP 29039 (1860), 1876 (1905) ; cimetière : 16520 (1887) ; 5 : 48395 (1932) ; 2e tronçon de rue : 5237-5251 (1881-1895) ; 21 : 17962 (1902) ; 65 : 17982 (1903), 74103 (1962) ; 161 : 36540 (1926) ; 211 : 9843 (1869), 16767 (1898-1902), 17598 (1900), 90038-90039 (1984), 89732 (1984), 92694 (1985).
AVB/PP 211 : 1005 (1864).
AVB/Bulletin communal de Bruxelles, 1865, t. I, pp. 223-224 ; 1882, t. I, p. 609 ; 1866, t. I, p. 93 ; 1869, t. I, p. 10.
AVB/Répertoire des noms de rue.

Ouvrages
DELIENS, P., Rond-Point Schuman. Histoire du quartier Nord-Est à Bruxelles, d’Ambiorix à nos jours, Paul Deliens éd., Bruxelles, 1982, p. 31.
MALEVEZ, G., « Des cimetières paroissiaux aux cimetières communaux », in SMOLAR-MEYNART, A., STENGERS, J. (dirs), La Région de Bruxelles. Des villages d’autrefois à la ville d’aujourd’hui, Crédit Communal, Bruxelles, 1989, pp. 226-231.
WAUTERS, A., Histoire des environs de Bruxelles, ou description historique des localités qui formaient autrefois l’ammanie de cette ville [1855], Livre huitième – A, éd. Culture et Civilisation, Bruxelles, 1973, pp. 50-53.